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Presse Internet : l’écriture SEO n’est pas un bourrage de fôtes !

JournauxLa tenue depuis début novembre des États-Généraux de la Presse Écrite relance vivement le débat sur le rôle que jouera Internet pour les journaux dans les années à venir. A côté des questions, cruciales, sur le modèle économique de presse et sur la diffusion de l’information dans la société moderne, se pose également celle de la mutation du métier de journaliste. Le modèle même de la presse en ligne place désormais le journaliste au cœur de la course à l’audience !

Pour la presse papier traditionnelle, c’est le rédacteur en chef qui était avant tout responsable de l’audience d’un numéro : charge à lui de choisir un sujet accrocheur pour sa une, un titre vendeur et d’attirer ainsi l’œil du lecteur sur les étals des kiosques. Je simplifie volontairement la procédure, mais l’essentiel est là.
A l’heure d’Internet, les moteurs de recherche changent radicalement la donne. Alors que seule la une d’un journal papier était visible avant son achat, Google rend chaque article d’une publication accessible de manière individuelle. Ce n’est plus la qualité, et le parti pris éditorial, de la première page qui décide de la consultation d’un journal, mais l’affinité d’un article avec une recherche. Chaque journaliste devient alors responsable de sa propre audience. Une révolution !

En on l’aura rapidement compris, la clé de cette audience, ce sont avant tous les moteurs de recherche. Google en tête avec ses quelques 90% de part de marché en France.
En comment plaire aux moteurs de recherche ? Simplement en se pliant au jeu de l’écriture SEO, nouveau serpent de mer de la profession journalistique. Comme Alain Remond le dépeint de façon caricaturale dans un article de Marianne2 paru début décembre :

En clair: pour être référencé sur Google, il faut écrire comme un pied. Il ne faut craindre ni les répétitions ni les fautes d’orthographe. Au contraire: il faut se vautrer dedans. Voilà qui ouvre, je trouve, d’intéressantes perspectives.

Radical et poussé à l’excès, cet article montre bien l’accueil qui est réservé aux métiers du référencement dans la presse écrite traditionnelle. Tout référenceur qui travaille pour la presse va se retrouver confronté à ce genre de réaction un jour ou l’autre. C’est à peu près inévitable. Pourtant, il ne semble pas si difficile que cela de mêler référencement naturel et qualité éditoriale d’un journal. Sans tomber dans le travers des répétitions à l’extrême et des fautes d’orthographe, on peut appliquer quelques règles simples aux articles publiés sur le Web :

  • Tout d’abord, il ne faut pas perdre de vue que sur le Web les mots clés générant du trafic sont généralement les mots les plus simples. A éviter donc l’emploi de métaphores et de périphrases pour mieux se concentrer sur l’utilisation de mots clés reflétant de manière évidente et factuelle le sujet d’un article. On évitera ainsi de trop parler de Premier secrétaire du Parti Socialiste pour nommer précisément Martine Aubry, et ce surtout dans les titres et introductions d’article. Cette utilisation de mots et de termes clairs permet de placer un article précisément sur le champ lexical utilisé par les internautes et de répondre ainsi au mieux à leurs requêtes potentielles.
  • Une fois les mots stratégiques d’une page identifiés, il convient de placer ceux-ci de manière réfléchie sur la page. Les éléments les plus importants d’une page Web d’un point de vue du référencement sont son titre HTML, son URL et l’ensemble de son texte utile. Il convient donc que les mots clés importants d’une page soient placés dans l’ensemble de ces éléments afin d’amener le plus de pertinence possible à la page cible.
  • Les titres et intros des articles, d’autant qu’ils servent souvent de liens d’accès à ceux-ci, doivent être particulièrement soignés et contenir les mots clés populaires. Ainsi, un article intitulé Knut fait craquer l’Allemagne pourrait être repensé en Knut l’ours blanc fait craquer l’Allemagne susceptible d’attirer plus de recherches et de visiteurs. Simplement parce que l’association Knut et Ours Blanc peut générer plus de trafic en provenance des moteurs de recherche que le nom Knut seul.
  • L’utilisation de liens contextuels peut également être un atout positif pour le référencement du site. Il s’agit encore une fois de faciliter à la fois le référencement mais également la consultation du site : en plaçant à l’intérieur même d’un article des liens vers d’autres articles en relation avec celui-ci, on propose à la fois un complément d’information au lecteur et on enrichit le maillage et le champ sémantique d’un site. Un double bénéfice qu’il ne faut pas voir comme une trahison du métier de journaliste.

Parce que n’oublions pas qu’au final, référenceur et journaliste travaillent à la même tâche : assurer le succès du journal. Et pour cela, la qualité rédactionnelle compte autant que sa présence sur Google ! Un site dont la visibilité sur les moteurs de recherche est excellente mais dont les articles sont bâclés et utilisent une style douteux n’assurera pas la fidélisation de ses lecteurs. Fidélisation au moins aussi importante que l’acquisition de nouveaux visiteurs. Il ne s’agit donc pas de tout miser sur la présence dans les moteurs de recherche, mais de trouver le bon équilibre entre optimisation sémantique et respect des lecteurs. Équilibre difficile à trouver, mais indispensable au succès d’un site d’information aujourd’hui !

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Référencement ,

  1. Pierre FONTAINE
    15/01/2009 à 11:33 | #1

    Merci pour ce point route. Très intéressant et plaisant à lire. Un sujet qui mérite d’être creusé. En tout cas je suis preneur :)

  2. 16/01/2009 à 01:00 | #2

    A franchement parler, je ne crois pas que les journalistes puissent être de bons analystes de ce genre de problèmes. D’abord parce que dans la plupart des cas ils ignorent ce dont ils parlent, et ensuite parce qu’ils tentent de faire un scoop de chaque sujet qu’ils traitent. Il faut bien vivre.

    Que l’écriture sur le web soit en forme de pyramide inversée, c’est à dire inversée par rapport à l’écriture journalistique, c’est une évidence. La publicité, inventée bien avant le web, est une pyramide inversée, elle aussi, si on la compare à l’écriture journalistique.

    La véritable question est en fait que la communication web n’a rien à voir avec le journalisme, mais beaucoup avec la publicité.

    Quant à ce qui concerne le manque de style de la part des rédacteurs sur le web, j’ y verrais plutôt un signe des temps. Rien que du maladroit, tout à fait respectable.

    Les agences de pub recrutent leurs commerciaux débutants à HEC ou à l’ESSEC, leurs créatifs auprès des deux ou trois grandes écoles qui forment la profession, et ont encore un peu de sous pour se payer un jeune agrégé de grammaire qui corrigera les textes: il serait malheureux que dans la dernière campagne de Tartempion il y ait faute, de grammaire, d’orthographe ou de goût. Tartempion a payé quelques millions d’Euros.

    Le web, c’est l’ouverture du marché publicitaire à de tous petits entrepreneurs individuels qui ne bénéficient ni de moyens financiers, ni souvent de formation universitaire.

    Mais c’est aussi l’ouverture au marché de l’information, et surtout de la réflexion, à travers ces blogs, ces forums, et qui inquiètent tant la profession journalistique, puisqu’ils se positionnent en concurrents directs.

    Ce que je constate, c’est que les billets publiés sont très souvent bourrés de fautes de grammaire ou d’orthographe. Mais les réponses des abonnés aux forums sont encore pires.

    Ma remarque se borne à souligner que ce n’est pas internet, qui véhicule une langue détruite, mais l’Education Nationale qui ne remplit plus sa mission depuis plus de vingt ans.

  3. 03/02/2009 à 21:31 | #3

    @Michel Besson
    Je prétend qu’un bon rédacteur qui aime sa langue saura trouver le TITRE pour ses lecteurs et pour Google.
    Crachez donc sur l’Education Nationale dont vous êtes issu et qui m’a appris à aimer les mots jusqu’à en faire des clés (ouai bon facile!).
    Puis qqs stages au CFPJ m’ont appris à mettre l’info la plus importante dans le TITRE et avec les mots les plus compréhensibles, c’était de la rédaction SEO avant meme d’en avoir besoin
    …et puis le chapo pour y mettre les mots secondaires
    …et puis les inter-titres pour les rappeler
    …et puis le texte où la Longue Traine se laisse aller au fil de la plume

    Finalement, un texte sur le web c’est aussi compliqué à écrire qu’un poème. Les bons mots aux bons endroits, mais faut pas baisser les bras si vite.

    David C

  4. 10/01/2010 à 09:24 | #4

    Bonjour David,

    Votre article est passionnant !

    L’écriture SEO est un chantier rédactionnel comme un autre. Boileau, il y a bien longtemps, avait déjà compris l’essentiel du SEO :  » [...] se qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ! Reste à modifier un tantinet la structure du texte (balise h1 ; url et titres bien affutés etc.) pour que google soit content.

    Les attentes du lecteur restent les mêmes : un fond intéressant ; de l’exigence intellectuelle ; un style agréable à lire et un texte exempt de fautes d’orthographe et de grammaire. Tout le monde peut s’améliorer : Larousse, Littré, Grévisse, Bled et Becherelle les amis de toujours sont là pour ça !

    Mon métier de chargée de contenu web est un combat quotidien contre le « maltexte » : mes fautes, celles de mes collègues, celles des commentaires sur le site ! J’en apprends chaque jour en matière de SEO mais aussi de langue française.

    J’aimerais tant que ce métier soit reconnu et rémunéré à sa juste valeur !


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