C’est sans doute l’une des nouvelles qui a fait le plus parler le petit monde du Web francophone la semaine dernière. La Bibliothèque Nationale de France serait prête à confier la numérisation d’une partie de son fonds à Google (d’après un article de la Tribune daté du 19 août 2009), et donc à rendre celui-ci disponible via la plateforme Google Books. Traité comme un scoop par la majorité des médias en ligne, l’actualité en question semble surtout mettre fin a quelques années d’hypocrisie sur le sujet…
Sérieusement, peut-on réellement envisager qu’un acteur culturel aussi important que la BNF (dont on ne peut nier la richesse du fonds ni l’influence dans les domaines culturels) boude sur une simple question de principe un acteur Web majeur comme Google ? Arrivé à un certain niveau d’importance, d’influence et surtout d’affaires, les discussions se font en dépit des idées, des dogmes et des vues politiques. La fusion Adobe-Macromedia en 2005 ou les discussions incessantes entre Microsoft et Yahoo! en sont dans une certaine mesure la preuve. Deux géants dont les opinions divergent bien sont obligés de discuter ensemble, surtout dans le logique de globalisation d’Internet.
Globalisation ? C’est justement ce mot qu’a utilisé le Ministre de la Culture Fréderic Mitterrand quand il a été questionné sur le sujet. La visibilité en ligne du fonds de la BNF ne peut passer que par une politique globale, terme dans lequel il faut peut-être comprendre le biais d’un outil existant et américain, tant les crédits nécessaires au chantier sont importants. Deux solutions alors : Google Books ou la toute récente association Microsoft/Yahoo!/Amazon. Sachant que les principales objections de la France sur le sujet portent sur l’exploitation commerciale des données, fera-t-on plus confiance a Google ou a Amazon ? De mon point de vue, j’avoue que la question se pose à peine.
Et même si la France défend toujours avec acharnement son « exception » culturelle, peut elle réellement se permettre de dédaigner un outil qui a déjà séduit un grand nombre des bibliothèques mondiales (et non des moindres, comme la Bodleian Library d’Oxford ou celle de l’université d’Harvard) ? Hors les questions budgétaires qui se font d’autant plus pressantes en période de crise, la BNF ne peut apparaître sur Internet avec une plateforme totalement indépendante. Elle devrait alors rallier d’autres acteurs culturels, en France et a l’étranger, pour simplement exister face a un Google. En France, la chose est encore jouable, même si certaines collectivités (la Bibliothèque Municipale de Lyon notamment) ont déjà clairement fait le choix de Google. Mais à l’étranger, les acteurs majeurs capables de promouvoir une plateforme indépendante (commercialement s’entend) se font rares et seront peut-être difficiles à démarcher et a convaincre. A moins que l’expérience Europeana ne puisse gagner en popularité ?
Quel choix alors pour la BNF ? Un mariage de raison avec Google, sur des bases qui sont sans aucun doute négociées depuis quelques mois dans les hautes sphères. En affaires, les mariages de raisons sont souvent bien plus solides que les liaisons passionnées.
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Bibliothèque Nationale de France, BNF, Google Books, numérisation