Attention tout d’abord, certains éléments de ce billet peuvent facilement être qualifiés de querelle d’experts… Voire de querelle byzantine, tant il s’agit de parler de la philosophie interne au métier. Mais le référencement est fait de ça également, et le sujet en intéressera peut-être plus d’un…
La question est apparue au cœur d’une discussion sur l’implémentation d’un nouvel outil technique sur le site d’un de mes clients. Un vieil argument que je n’avais pas entendu depuis longtemps est venu s’immiscer dans la conversation : suit-on avec cette nouvelle plateforme technique les dogmes et préceptes érigés par Google ou bascule-t-on du côté obscur. Et plus spécifiquement, suit-on la règle suivante :
Évitez les « astuces » destinées à améliorer le classement de votre site par les moteurs de recherche. Pour savoir si votre site Web respecte nos consignes, posez-vous simplement la question suivante : « Suis-je en mesure d’expliquer à un site Web concurrent quelles sont les solutions que j’ai adoptées pour améliorer mon site ? ». Vous pouvez également vous poser les questions suivantes : « Ces solutions sont-elles d’une aide quelconque pour les internautes ? » « Aurions-nous fait appel à ces techniques si les moteurs de recherche n’existaient pas ?
in Centre d’aide Webmasters de Google – Conseils aux webmasters
Sans revenir sur l’hypocrisie de Google, dont la moitié du discours revient à dire « faites comme si je n’existai pas« et l’autre moitié à rendre disponible une plateforme comme Webmaster Tools et à y sélectionner soigneusement les informations diffusées, je me demande à quoi ressemblerait le travail d’un référenceur s’il suivait réellement ce précepte à la lettre ? Et surtout quelles seraient les tâches sur lesquelles il pourrait économiser une partie de son temps de travail. Voyons ça…
- Les balises META : Le plus évident, puisque les balises META sont dans l’arsenal du référenceur depuis une dizaine d’années maintenant… Même si ces balises peuvent servir de base certains moteurs sémantiques internes, leur usage s’est avant tout répandu grâce à l’interprétation qui en a été faite par Google et ses consorts. Les moteurs internes ne sont pas présents aujourd’hui sur la majorité des sites, et utilisent souvent des méthodes de qualification des contenus tout autres. Typiquement le genre de recommandations qui n’est faite qu’à l’usage des moteurs
- Les hiérarchies d’en-tête H1/H2 : La notion de balises d’en-tête et de hiérarchie de l’information sur une page Web existait bien entendu avant les moteurs de recherche. C’est là un principe de base de la présentation des documents, telle que voulue par les inventeurs du Web en 1989. Mais l’exploitation concrète de cette donnée, quelle est-elle aujourd’hui ? Si ce n’était la mise en avant de certains contenus pour les moteurs, gageons que l’utilisation faite des balises <Hx> serait sensiblement différente. Est-il raisonnable, dans un but unique d’accessibilité, de présenter le chapeau complet d’un article dans une balise H2 ? J’en doute… Si les moteurs de recherche n’existaient pas, l’usage des balises d’en-tête serait sans doute moins répandu, et serait en tout cas tout autre…
- la réécriture d’Url : Pourquoi aujourd’hui s’acharner à mettre en place des URL réécrites sur la majorité des sites, et s’assurer de la présence de mots clés explicites dans les adresses des pages internes d’un site ? Certainement pas pour l’internaute, pour qui la navigation de liens en liens devrait rendre la notion d’URL (en dehors des noms de domaine) totalement transparente. Un utilisateur, quel qu’il soit, ne retiendra jamais l’adresse entière d’un article ou d’une rubrique même si celle-ci est composée des meilleurs mots-clés du monde. Il utilisera plutôt des solutions de bookmark qui rendent une fois de plus la notion d’URL absconse. Alors, pourquoi réécrire des adresses si ce n’est pour apparaître, ou présenter, mieux dans les pages de résultats des moteurs ?
- Les sitemaps XML : le point le plus évident, et qu’il est le moins nécessaire d’argumenter. La notion de plan de site XML a été inventée par Google lui-même. S’il faut faire abstraction des moteurs de recherche, il est évident qu’il faut également faire abstraction de leurs inventions !
- La soumission des sites dans les annuaires : si les annuaires peuvent aujourd’hui constituer une bonne source de visibilité, ils ne représentent pas dans le paysage actuel une source importante de trafic. Les campagnes de Net Linking qui restent aujourd’hui une occupation de choix pour les référenceurs, sont le plus souvent faites dans un objectif de popularité, plus que dans un but réel d’acquisition d’audience. Car pour le gain de visiteurs réel d’une campagne de liens (entendre par là les visites directes), quel site peut aujourd’hui se permettre l’investissement en temps/homme qu’elle sous-tend ? En matière de ROI direct, le Net Linking est souvent l’un des leviers les moins efficaces qu’il soit pour une majorité de sites. L’absence de moteurs de recherche aurait sans doute fortement ralenti cette pratique…
On objectera sur ce dernier point que l’absence de moteurs de recherche sur le Web laisserait sans doute la part belle aux annuaires (comme celui historique de Yahoo!) sur la toile. C’est sans doute vrai, mais n’est-ce pas quelque part déplacer simplement le problème et transformer un métier de SEO en un métier de Directory Optimisation ?
Je ne parle là que des tâches qui disparaitraient sans doute si les moteurs de recherche n’existaient pas… et qui constituent tout de même le cœur du travail d’un responsable de référencement.
D’autres recommandations se verraient sans doute fortement modifiées sans pour autant être abandonnées. Ainsi, les pratiques d’écriture des balises Title seraient sans aucun doute si l’on ne suivait que les recommandations d’utilisabilité de Jacob Nielsen, et non plus le taux de clic sur les résultats des moteurs. L’application de certains standards de développement, et d’accessibilité, serait également revue à la baisse tant ces préoccupations sont au cœur des décisions stratégiques des entreprises aujourd’hui.
A la réflexion, le métier de référenceur repose en fait sur une double hypocrisie. Celle des moteurs qui fournissent des outils dédiés SEO tout en condamnant à demi-mots cette pratique :
Même si certains SEO peuvent offrir des services utiles à leurs clients, un certain nombre de SEO peu scrupuleux ont donné mauvaise réputation à cette spécialité en se livrant à des actions marketing agressives et en tentant de manipuler les résultats des moteurs de recherche de façon abusive…
in Centre d’Aide Webmasters Google – Optimisation pour les moteurs de recherche (SEO)
et celle des référenceurs eux-mêmes qui optimisent les sites tout en se targuant de ne pas faire cela uniquement pour les moteurs. S’ajoutent à cela de multiples niveaux de lecture et d’interprétation des règles édictées qui font que chacun peut se faire, finalement, le chevalier blanc de l’éthique du référencement. Seuls les référenceurs « black hat » assument finalement cette hypocrisie aujourd’hui… Les autres, moi y compris, naviguant dans un mélange de bonnes pratiques, d’arguments commerciaux, d’obligation de résultats et d’expérimentation plus ou moins innocente.
Question finale : si les moteurs de recherche n’existaient pas, aurais-je proposé la solution technique que j’ai défendue hier ? Pour être honnête, sans doute pas... Et je n’aurai certainement pas cette argumentation aujourd’hui sur ce blog.
Je me demande bien à quoi je passerai mes journées…
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Référencement
black hat, éthique, Google, SEO, white hat